Demi-deuil
« L’affaire Saint-Fiacre »
de Georges Simenon
Première Edition: Paris, 1932 (Fayard)
© Georges Simenon Limited
La police de Moulins est avertie qu' «un crime sera commis à l'église de Saint-Fiacre pendant la première messe du Jour des morts». C'est l'occasion pour Maigret, le célèbre commissaire, de retourner à Saint-Fiacre dans l’Allier, son village natal. Il mène l'enquête au château, au village et à Moulins, dans une atmosphère pesante et émouvante à la fois, puisqu'il se rappelle son enfance avec nostalgie.
Quand le maître d’hôtel apercevait
une main tendue vers une bouteille, il s’approchait
sans bruit. On voyait surgir son bras noir terminé
par un gant blanc. Le liquide coulait. Et c’était
fait dans un tel silence, avec une adresse telle
que l’avocat, plus qu’éméché,
recommença trois ou quatre fois l’expérience
avec émerveillement.
Il suivait, ravi, ce bras qui ne frôlait même pas son épaule. A la fin il n’y
tint plus.
- Epatant ! Maître d’hôtel, vous êtes
un as et, si je pouvais me payer un château,
je vous prendrais bien à mon service…
- Bah ! le château sera bientôt en vente
pour pas cher….
Cette fois, tout de même, Maigret fronça
ses sourcils, en regardant Saint-Fiacre qui parlait
de la sorte, d’une drôle de voix indifférente
mais quelque peu funambulesque.
(…)
- Poulet demi-deuil…
annonça-t-il comme le maître d’hôtel
apportait en effet des poulets aux truffes.
Et, sans transition, de la même voix légère
:
- L’assassin va manger du poulet demi-deuil,
comme les autres ! |