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Des textes succulents qui se goûtent,
se savourent, se dévorent ...
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Coin du feu
« Histoire d'un conscrit de 1813 »
de Erckmann-Chatrian (1864)
Erckmann-Chatrian est le nom sous lequel deux écrivains français ont publié
leurs oeuvres
: Emile Erckmann (1822-1899) et Alexandre Chatrian
(1826-1890). Ils ont écrit des contes réalistes
et fantastiques, des romans nationaux et des œuvres
dramatiques ("L'Ami Fritz", "Histoire d'un conscrit
de 1813", "Les Rantzau"), qui forment une épopée
populaire de l'ancienne Alsace.
La tante Grédel allait et venait autour de
l'âtre pour apprêter un pfankougen
avec des pruneaux secs et des küchlen
trempés dans du vin à la cannelle,
et d'autres bonnes choses ; mais nous n'y faisions
pas attention, et ce n'est qu'au moment où
la tante, après avoir mis son casaquin
rouge et ses sabots noirs, s'écria toute
contente : "Allons, mes enfants, à table
!"que nous vîmes la belle nappe, la grande
soupière,
la cruche
de vin et le pfankougen bien rond, bien doré,
sur une large assiette au milieu. Cela nous réjouit
la vue, et Catherine dit :
"Assieds-toi là, Joseph, contre la fenêtre,
que je te voie bien. Seulement il faut que tu m'arranges
la montre, car je ne sais pas où la mettre."
Je lui passai la chaîne autour du cou, puis,
nous étant assis, nous mangeâmes de
bon appétit. Dehors, on n'entendait rien
; le feu pétillait sur l'âtre. Il faisait
bien bon dans cette grande cuisine, et le chat gris,
un peu sauvage, nous regardait de loin, à
travers la balustrade de l'escalier au fond, sans
oser descendre.
Catherine, après le dîner, chanta l'air
: Der lieber Gott. Elle avait une voix douce qui
s'élevait jusqu'au ciel. Moi je chantais
tout bas, seulement pour la soutenir. La tante Grédel,
qui ne pouvait jamais rester sans rien faire, même
les dimanches, s'était mise à filer
; le bourdonnement
du rouet
remplissait les silences, et nous étions
tout attendris. Quand un air était fini,
nous en commencions un autre. A trois heures la
tante nous servit les küchlen à la cannelle
; nous y mordions ensemble, en riant comme des bienheureux
et la tante quelquefois s'écriait :
"Allons, allons, est-ce qu'on ne dirait pas
de véritables enfants ?"
Elle avait l'air de se fâcher, mais on voyait
bien à ses yeux plissés qu'elle riait
au fond de son coeur. |
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