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Des textes succulents qui se goûtent,
se savourent, se dévorent ...
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Pique-nique
" L'île flottante " de
Chantal Thomas
© Editions Mercure de France
Collection Le Petit Mercure – (2004)
Pour un enfant, manger c’est souvent jouer.
Ce Chantal Thomas nous reconte l’histoire
d’une amitié à travers des fragments
de mémoire.
Les pique-niques
en forêt étaient un bonheur. Nous y
arrivions en fin de matinée, y restions jusqu'au
soir : ce qui donnait le sentiment d'une excursion,
presque d'un voyage. Le pique-nique lui même
durait à peine ou toute la journée.
Nous avions le choix, car si, dans une maison, l'expression
rester à table a un sens précis, celui-ci
devient fragile, peu crédible, lorsqu'il
s'agit de rester autour d'une nappe
étalée à
même le sol, sur le tapis d'aiguilles
de pin brun et luisant qu'elles forment en tombant
des arbres. J'allais et venais, prenais un sandwich
aux rillettes, un morceau de fromage, et allais
le manger ailleurs.
J'observais la coupe des résiniers sur les
pins, la blessure d'où s'écoulait,
dans un pot fixé sur le tronc, le liquide
poisseux et doré de la résine - un
miel qui serait pure glu.
La résine, durcie, donnait envie de la sucer,
mais c'est surtout dans son stade intermédiaire
de pâte de fruit gélifié ou
de boule de gomme qu'elle était irrésistible.
Et c'était à chaque fois le même
déplaisir. La résine était
d'une amertume totale, sans nuance ni goût
supplémentaire. Ce n'était pas comme
avec les fruits pas mûrs, les prunes par exemple,
qui peuvent avoir une amertume intéressante
et produisent sur la langue une crispation excitante.
La résine était vraiment incomestible.
Une vérité difficile à admettre
... Je mangeais par fragments mon déjeuner,
je picorais. Le pique-nique était l'occasion
d'un déjeuner clairsemé, pris dans
des parcours, entrecoupé d'esquisses de promenades.
Il était la liberté d'un déjeuner
sans assise ni contour. La nappe constituait seulement
un point de ravitaillement
dans l'étendue d'un continent inexploré
et qui se révélait, miraculeusement,
un continent
fertile. Car notre déjeuner-pique-nique pouvait
se redoubler de celui des poupées. C'était
alors une toute autre histoire. Une autre répartition
entre bon et mauvais, mangeable et immangeable,
appétissant et dégoûtant,
douceurs et poisons.
Ainsi les tartines de résine, sur des copeaux
de bois de pin, fins comme des tuiles de pâtisseries,
devenaient choses exquises pour les poupées.
Elles s'accompagnaient de glands
concassés et de fougères tressées
en poissons, d'écorces et de petits pains-cailloux
blancs. Quant à nous, nous avions tout un
choix de merveilles telles les fleurs de genêt
et d'ajonc, les mûres, les arbouses.
L'île aux oiseaux,
près d'Arcachon ...
L'île "flottante" de Chantal Thomas
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