Petits inventaires après lecture

D’après des textes de Sei Shonagon, Georges Perec et Roland Barthes
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CHOSES  QUI  ARRÊTENT LA  PROMENADE

Un vrombissement lointain.

Le cri  de quelqu’un.

La  pluie.

La fatigue.

La nuit qui tombe.

CHOSES QUI FONT PLAISIR  

La bienvenue du chien quand on rentre.

Regarder en bas du sommet de la montagne.

Regarder l’horizon quand la plage reste déserte.

Se promener dans la forêt brumeuse.

Contempler à la campagne une chapelle romane solitaire.

Gagner un match.

Conduire vite, la vitre baissée et l’air en pleine figure.

 

Choses faciles à collectionner

De petits phares qu’on achète dans les ports qu’on visite.

De petites figures de hiboux, on dit qu’ils portent chance.

De beaux coquillages qu’on ramasse sur la plage.

 

                                                          

                                                           Cristina

 

CHOSES QUI FONT RÊVER

 

Une nuit à l´opéra.

La musique d´une boîte à musique quand on tombe amoureux.

Le bruit d’un fleuve quand la campagne est silencieuse.

Regarder les étoiles la nuit étendue sur la pelouse avec quelqu´un qui est très gentil et très sympa.

                                                      Blanca


À propos des choses (au XXIème Siècle)

Choses qui font plaisir

S’asseoir face à la mer et se laisser aller.

Une pomme dorée au four mangée petit morceau à petit morceau.

Découvrir un texte ancien et s’émouvoir pendant sa lecture.

S’éveiller un jour ouvrable et découvrir qu’on peut continuer à dormir encore.

S’approcher du feu quand il fait bien froid.

Décider de ne plus écrire quand tout est dit.

 

                                               Lola

 

CHOSES MINUSCULES

 

D´une maison son arôme, qui revenait quand on retournait de l´école au moment où l´on ouvrait la porte.

Les dessins sur la porte du réfrigérateur qui nous rappelait le visage de bonheur d´une fille.

L´arôme d´un pull.

L´arôme que dégage un tiroir quand on l´ouvre.

L´ancien quartier où il y avait beaucoup de magasins avec leurs vitrines; les gens qui se promenaient au même rythme que les voitures.

L´ancien magasin de jouets avec sa vitrine où l´on pouvait voir tous les jouets à la mode.

Le concierge de l’immeuble qui a vu grandir tous les enfants et que tous les enfants ont vu aussi vieillir.

Le chanson que chantaient les enfants quand ils allaient en voiture.

Tous les matins quand le réveil sonnait à la même heure, on entendait le même présentateur....

 

                                                                       María Gómez

 

CHOSES MINUSCULES

 

Une fourmi qui marche toute seule sur les draps jaunes d’un vieux lit

 

Des yeux ronds qui regardent juste avant la fermeture des portes du métro.

 

Un point noir dessiné au milieu d’une toile.

 

Un clin d’œil.


PLAISIRS MINUSCULES

 

Monter à vélo le dimanche matin

Le bruit d´une rivière en automne

Acheter à manger tous les samedis

Lire dans le silence de la nuit

Écouter un Cd allongé, tranquillement.

Prendre un pot avec ses amis dans le bistrot du quartier

Se promener en hiver

Le samedi matin au lit

Les sourires d´un enfant

Jeter mon réveille-matin

Un petit crayon usé

Un crayon devenu tout petit

La quiétude de la ville une journée pluvieuse

L´odeur de pain chaud

Le plaisir de rester au lit le dimanche matin

L´odeur de printemps qui vient d´arriver

Le vent frais sur le visage.

 

María Gómez

DES CHOSES QUE JE VOUDRAIS FAIRE AVANT DE MOURIR

 

Il y a des choses que je crève d’envie de faire un jour:

Écrire et dessiner des contes.

Faire un film d’animation avec l’histoire de l’ «Orlando furioso».

Construire et faire un théâtre de marionnettes.

Apprendre à faire des bijoux, à monter des améthystes ou sertir des saphirs dans des bagues en argent.

Faire des bougies.

Faire mes traductions dans une chambre avec une baie vitrée donnant sur la mer et un chat sur les genoux.

Avoir une maison avec une grande cuisine pour inviter mes amis à manger.

 

Il y a des choses que je ne pourrai jamais faire (bien que j’en aie envie):

Devenir chanteuse de cabaret, avec une voix grave et modulée (je chante faux comme une casserole).

Sauter en parachute depuis 5.000 mètres.

Conduire.

Apprendre des langues amérindiennes.

Jouer du saxophone.

 

Il y a des choses que je ne pourrai jamais faire ou avoir (mais je m’en fous):

Faire la ultra-cadre-performante dans une multinationale. 

Avoir un appartement à moi à Madrid (ça, évidemment, à cause des prix).

Acheter des vêtements qui coûtent plus de 50 Euros.

Reconnaître les différentes marques de voitures.

Décortiquer des crevettes à l’aide d’un couvert.

 

Il y a trois voyages que j’aimerais bien faire:

Je voudrais aller en Patagonie, au Mexique, en Australie.

Je voudrais aller en Patagonie pour écouter le silence et voir les baleines près de la péninsule Valdez, pour sentir le vertige en doublant le Cabo de Hornos.

Au Mexique, je voudrais y aller parce que c’est là-bas qu’est né Emiliano Zapata, parce que les Chiapas, c’est là-bas, pour toutes les révolutions manquées.

En Australie, je voudrais y aller pour apprendre le secret des rêves: ce secret qui dessine sur le sable du désert, les cailloux, les arbres, la mythologie des aborigènes. Je voudrais bien y aller pour apprendre à dessiner le chemin invisible du désir.

 

Et puis je voudrais ne pas avoir peur.

Trouver le moment précis pour dire les choses; quand elles ne font pas encore trop de mal mais plutôt du bien.

Réussir à jeter toutes les choses que j’accumule dans des boîtes, emballages, valises… seulement pour essayer de me détacher, un peu, de quelques souvenirs.

Récupérer la capacité d’inventer de longs mots sans sens, comme les enfants quand ils sont en train d’apprendre à parler et qu’ils jouent sans cesse à s’écouter. 

 

Me rappeler des rêves que je fais la nuit.                      

 

VOYAGES QUE JE VOUDRAIS FAIRE AVANT DE MOURIR

 

Voyager  en Australie, les antipodes de l´Espagne.

Aller vivre dans un autre pays, dans une autre ville pendant beaucoup d’années.

Vivre en Egypte, où la civilisation antique est vécue, J’y vivrai auprès   

de l’éternité.

Naufrager  dans une île avec trois mille bouteilles et trois mille  choses à raconter.

Voyager en France, bien sûr.

Traverser le détroit de Gibraltar en nageant

 

IL Y A DES CHOSES QUE, HEUREUSEMENT OU MALHEUREUSEMENT,  JE FERAI

 

Bâtir un immeuble.

Avoir un chien blanc.

Lire des romans en français.

Commencer à étudier une autre langue, par exemple l’allemand.

Perdre les personnes  que j’aime le plus.

Être triste.

Être content.

Ne pas faire toutes les choses de cette liste avant de mourir.

 

IL Y A DES CHOSES INTÉRESSANTES QUE JE POURRAIS FAIRE

Monter en éléphant.

Me baigner dans le Gange.

Compter les grains de riz d’un paquet de deux cents grammes.

Chercher les jouets de mon enfance et jouer avec eux.

Parler toutes les langues du monde.

Danser comme Laura danse.

Connaître, au moins, une personne de chaque pays du monde.

Créer une secte, je serai le chef.

Compter  les grains d’un autre paquet de deux cents grammes de riz et voir si leur nombre  coïncide.   

                                                                                                          H.M.D.

CINQUANTE ET UNE CHOSES QUE

      JE VOUDRAIS FAIRE, LE PLUS

      TÔT SERA LE MIEUX

 

Je voudrais Entrer chez un

                                              grand couturier et y apprendre à bien

                                              coudre.

         Vivre dans deux villes différentes,

toujours au nord, selon  la saison

de l’année. Je suis en train de me

décider parmi quelques-unes.

                                                 Échanger des recettes de cuisine

familiale. Je m’engage à les goûter.

 

Je voyagerais assez fréquemment

à Paris, à Londres, à Rome ou à Amsterdam

pour m’imprégner de culture.

 

                               Ah, si je pouvais visiter régulièrement

                          l’atelier d’un bon peintre, voir comment il

                          travaille et bavarder avec lui de dessin et de

                          peinture!     

      

                     Je suis prête à tenir une promesse qu’à

         plusieurs reprises je me suis fait à moi-même,

           de ranger mes papiers.

                                                                                                                                                                                                                                          

                                                                                                    Un jour, je veux ne plus m’inquiéter pour les choses que je ne                                                                                         peux pas résoudre.                                                              

        

 

       Que vous en semble-t-il si JEssaie de Sortir d’ici

                               pour jeter des objets impossibles? (quelques-uns m’ont été offerts).

        [Je suis désolée mais je dois faire de la place].

 

 

INVENTAIRES

 

Choses que j’aime bien

 

- Apprendre, n’importe quoi.

- Voyager en France, surtout en train.

- Écouter la vie des autres, il y a toujours quelque chose à apprendre.

- Raconter la mienne, c’est meilleur marché qu’aller chez le psy.

 

CHOSES QUE JE N’AIME PAS DU TOUT

 

- La guerre, peu importe laquelle.

- Être pressée, il faut prendre son temps pour chaque chose à faire.

- Penser au passé, le mien c’est un passé composé... d’échecs.

- Penser au futur, j’ai peur que ce soit un futur trop simple.

 

CHOSES QUE JE NE PEUX PAS NE PAS FAIRE

 

- Manger toute une tablette de chocolat une fois qu’elle est ouverte.

- Regarder la télévision si elle est allumée.

- Avaler tous les fruits secs que l’on sert avec une bière.

- Étudier avant de passer un examen.

 

CHOSES QUE JE NE PEUX PAS FAIRE

 

- Manger des escargots, ni aucun autre animal qui soit entier.

- Regarder une émission entière à la télévision.

- Me taire quand il faut savoir se taire.

- M’asseoir à table toute seule dans un restaurant.

 

                                          Elena

 

                               INVENTAIRES  (CHOSES QUE J’AIMERAIS FAIRE AVANT DE MOURIR)    

 

      6, 4 et 3 choses que  j´aimerais faire avant de mourir

 

              AVEC MES FILLES

 

            Tout d´abord, j´aimerais regarder le visage plein de bonheur de la cadette quand nous monterons dans un avion; c´est son rêve.

            Ensuite, je serais très heureuse si nous  pouvions aller avec elles à Disneyland Paris et si nous y séjournions, pendant une semaine, dans le meilleur hôtel qu´il          y ait.

Je souhaiterais aussi les voir grandir en pleine santé et, en plus, j´aimerais qu´elles puissent travailler où elles veulent.

            D´autre part, je souhaiterais les aider à faire tout ce dont elles auront besoin.

            En dernier lieu, j´aimerais seulement une chose pour elles, qu´elles soient heureuses.

Pour conclure je souhaiterais, avant ma mort, pouvoir écouter la voix de mes filles me dire: « maman, tu peux être tranquille; tu ne t´es pas trompée. »

 

                AVEC MON MARI

 

Pour commencer, j´aimerais aller au cinéma avec lui quand nous voudrions, sans devoir faire à l´avance un plan de sortie : que mes filles se soient baignées, avoir préparé le dîner, etc. ....

Par ailleurs, nous aimerions voyager dans beaucoup d´endroits où nous n´avons pas encore pu aller et aussi retourner dans ceux où nous avons été quand nous n´avions pas encore nos filles.

D´autre part, j´aimerais habiter à Madrid, le plus près possible de mon entreprise, pour ne pas me lever de bon matin.

En dernier lieu, je souhaiterais arriver à la retraite en ayant payé tous mes crédits.

 

                ET POUR MOI

 

            Seulement trois choses; en premier lieu, apprendre très bien le français; en second lieu, savoir me débrouiller en anglais et, pour conclure, je finis en disant que je souhaiterais atteindre tous mes objectifs.

 

María Gómez

 

 

 

                                                        JE ME SOUVIENS

 

Je  me souviens  que j’ai appris à compter avec un chant en basque: « Bat, bi eta iru; lau, bos eta sei ... ».

Je me souviens, et j’en sursaute encore, des forts coups que donnait mon premier professeur de français sur la table de celui qui se trompait; il s’approchait si vite avec la main en l’air qu’on craignait qu’il ne s’arrête pas.

Je me souviens de la Méthode Perrier rouge.

 


1

Je me souviens du temps que ma sœur et moi passions à écrire les paroles des chansons de Michael Jackson quand nous étions petites.

2

Je me souviens des beaux yeux bleus de mon professeur d’anglais quand j’avais douze ans, qui s’appelait Richard.

 

3

Je me souviens de Juliette, la jeune fille d’Orléans avec qui j’ai fait un échange quand j’avais treize ans.

4

Je me souviens que, là où je prenais des cours d’anglais après l’école, il fallait monter au premier étage et qu’il n’y avait pas d’ascenseur.

 

5

Je me souviens que ma prof de français à l’université, qui s’appelait Nadine, était blonde et qu’elle avait un cheval.

 

6

Je me souviens de l’examen de français du deuxième trimestre que j’ai raté avec un 4’9 sur 10, et des larmes après avoir su la note.

 

7

Je me souviens qu’une fois on n’a pas fait de cours d’anglais et on a regardé un film en version originale avec Michael Caine.

 

8

 

Je me souviens que mon professeur d’anglais, Monsieur Beattie, était irlandais, mais qu’ il n’avait aucun accent.

 

 

 

1

Je me souviens des dimanches soir en hiver, quand j’avais quinze ans, passés à faire les traductions de grec dont j’aimais l’étrange alphabet.

 

 

2

Je me souviens que j’ai appris le «Ave Maria» en grec à mon frère de 5 ans et qu’il ne l’a jamais oublié, moi si.

 

 

3

Je me souviens que j’avais un professeur qui, pour nous expliquer les consonnes nasales, signalait son nez avec le doigt et, en indiquant le haut, dessinait un trou dans sa tête pour faire sortir l’air.

 

 

4

Je me souviens de ma première représentation en français. Il s’agissait d’une histoire du livre de texte et la première phrase que je disais était: «Ramon quelle bonne surprise! Comme je suis content de te revoir!»

 

 

5

Je me souviens de la première fois que j’ai parlé au téléphone en français avec une collègue de travail en France et que je ne comprenais rien.

 

 

6

Je me souviens d’une anecdote au téléphone avec une collègue de travail qui, quand je disais «c’est ok» – en faisant la liaison -, comprenait «c’est toqué». Ces jeux de mots me font rire.

 

Autobiographie  langagière

                                  1

            Je me souviens qu’en face de chez moi une femme très petite, habillée d’un imperméable

noir, criait sur tous les toits les titres des journaux qu’elle vendait.

                                  2

            Je me souviens que je mélangeais les mots anglais avec les mots français au commen-

cement de mon apprentissage de la langue française.

                                  3

            Je me souviens d’un petit ami, très espiègle, qui, un jour, monta sur le toit de

ma maison.

                                  4                                   

            Je me souviens d’un navire marchand qui avait été remorqué jusqu’au port après un incendie

en haute mer et qui dégageait une odeur très désagréable.

                                   5

            Je me souviens que ma tante Isabelle avait peur de la foudre et qu’elle se cachait.                                                                                                                                                             

                                  6

            Je me souviens des promenades dans les environs les dimanches matin, quand nous

étions petits.

                                  7

            Je me souviens que nous allions à la plage même les jours pluvieux et souvent

nous nous abritions sous les arcades.

                                  8

            Je me souviens d’une mère canard  suivie en file indienne par  ses petits quand elle allait à l’eau. 

                                  9

            Je me souviens qu’en cette source l’eau n’était point insipide. Comme elle était délicieuse!

                                                                       Lola

 

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