HAÏKUS

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............Cette étape de l’atelier se situe après une proposition d’écriture où nous avions abordé la question du « comment commencer ? » (L’Incipit) et celle  de la cohérence entre un début donné  et ses suites possibles. La consigne pour le Texte fendu (l’on ne dispose que de la moitié droite ou gauche d’un texte que l’on doit reconstituer dans son intégralité) se centrait sur ce problème de la cohérence. Cela  avait suscité de nombreuses questions et des  réponses diverses et avait induit une réflexion critique sur le fonctionnement du texte.  Les Petits outrages se voulaient donc une pause ludique, irrévérencieuse, alors que les Haïkus proposaient eux une pratique poétique où la concision de l’écriture et le regard porté sur le quotidien primaient. Il pourrait sembler étrange de choisir une forme poétique japonaise dans un atelier d’écriture en langue française à Madrid, mais l’importation d’une forme étrangère façonne la langue qui l’accueille et les Haïkus ont été et reste un genre explorer par des écrivains de nombreux pays.

            Pour commencer cet atelier, nous avons d’abord fait une présentation rapide des Haïkus (un bref aperçu historique et quelques remarques sur la composition de ces tercets) puis nous en avons lu un bon nombre tiré des auteurs classiques ou contemporains japonais, mais aussi d’auteurs d’autres pays comme le Mexique, la France. Ces lectures, faites d’abord pour le plaisir, nous ont amené ensuite à dégager quelques règles de fonctionnement de cette forme définie par une structure précise, marquée par la présence de notations courtes, simples et concrètes, seulement juxtaposées. Nous avons alors proposé aux participants, après cette phase de lecture/observation, d’écrire eux-mêmes des Haïkus autour d’un thème unique, dont nous avons tous l’expérience, la nourriture. Nourriture mangée, sentie, vue, préparée, mais il pouvait s’agir aussi de ses lieux  (une cuisine, une salle à manger) ou de ses objet (un frigo, un couteau). Une fois les textes achevés , le travail de réécriture à consister surtout à éviter toute pesanteur verbale et tout débordement inutile afin de rendre cette perception à la fois ténue, dense et évidente de l’immédiat.

            L’intérêt  manifesté par les étudiants nous a poussé à élargir le domaine des possibles et à leur offrir des propositions d’écriture variées qu’ils pouvaient choisir à leur gré. En voici quelques-unes : écrire des Haïkus à partir de visions fugitives, de sentiments précis qui ne seront pas nommés, retoucher légèrement plusieurs Haïkus lus au début de la séance, en traduire certains,  écrire des Tankas en ajoutant deux vers aux Haïkus proposés.    

 

 

Si chaudes, épicées, enivrantes
des saveurs en fuite envahissent l’espace,
un champ de bataille.

À épicer la surface
enivrante du gâteau
la douce Cilou.

Epicées et chaudes
les saveurs envahissent
le coeur des enfants

Le soleil se couche
en laissant son feu
a
u coeur de la bouche.

                                               Conchi

Le jus pique mes yeux
Riche et fraîche envahissant ma gorge
Fleur d’été orange

Senteur de piments
anchois, tomates, concombre
il neige dehors…

Casserole pleine de pommes de terre
l’huile saute
p
as d’œufs !

Le vert tendre des saules
E
n amont de la rivière
Je le vois comme à travers les larmes

Mains froides
le frigo, comme le cœur, vide
Silence

Haïkus livres

Prenant des chemins
Les fourmis arrivent à leur destin
Travail

Cheveux peignés par maman
Lait chaud et biscuits
Ah ! matins d’école !

Je vole, je me pose, je t’ennuie
Je suis tellement petit que tu ne me vois pas
Moustique dans ta vie

Dernière lumière
sur les pots bouillonnants,
le silence prépare la table.

Les femmes dans la cour
sous le soleil de septembre
enlèvent doucement les pistils du safran.

Couleurs et saveurs
se mêlent au vacarme le mardi au marché
la fille sourit dans sa robe blanche.

Certains jours, la pluie
en tournant la rue
C
omme si elle était la mer.

Après une nuit de vent
le matin froid et éclatant
écrit le rêve.

                                               Conchi


                       

Sept  heures du matin
b uvant le café brûlant,
s
aisir l’aube.

La tombée du jour
odeur du gâteau au four,
évoquer l’enfance.

Près du ruisseau
cachés par la brume
des arbres pleurent

Au bois solitaire
un bruissement soudain
le chien alerté.

Intransigeance,
fantôme de la guerre
rafale de frayeur.

Allongée sur l’herbe
oublier le monde -
calme en bleu.

Oh ! les yeux
du poisson grillé
Quel regard !


HAïKuS

Jaunes, verts et rouges
prison en plastique
poivrons.

Qu’un oeil brillant
la mer surgelée
fraîcheur pleine d’écailles.

Sabotage de marmelade
le mouvement handicapé
lourdement je tombe en faisant la danse des menottes.

Une tête qui m’étouffe,
la mangeuse dirigeante
le printemps mensonger du resserrement.

Sueur en pyjama
parmi les brûlures des rêves
le chat dans l’estomac

Des brins de fromage
comme de la neige saupoudrée
un délire d’éclaboussement saucier.

Ingrid

oh! fin du repas
moment absolu du dessert
fromages abondants

oh! fin du repas
frugalité du repas
dessert sans repas

mourant fort de soif
en brûlant d´impatience
gorgée de bière

le goût, l´odorat
parfaite harmonie de sens
oh! cuisine dansante


à la lisière de l´isolement
le poète en tire profit
elle est toujours source d’ inspiration

(solitude)

caché sous une étoffe
secouant ses fortes chaînes
lui, il éveille la nuit ombre

(fantôme)

Larmes transparentes,
larmes de nos émotions.
Aucune tristesse, oignons.

Grandir pour cueillir.
Préparer pour partager.
Manger par plaisir.

De loin
l’harmonie du temps jadis.
Aiguiseur d’antan.

Pommes de terre par terre.
Au marché, légumes jetés.
Faim autour de tout.

HAÏKUS

La nuit
une femme s’enfuit
Lointain, un cri.

À l’intérieur
d’une maison de jeux un homme                     
Au bord d’un abîme fou.

Dans le jardin
premiers pas d’enfant
pas de vieux.

L’homme
il cherche quoi dans la vie ?
La trace d’un serpent d’eau.

Tes yeux brûlants,
regardant la couleur des tomates,
La caresse du vent.

Maria Jose                            

TANKAS ( à partir d’un haïku)

Dans ma coupe de saké
n
age une puce
Absolument

Je me relaxe
Ah ! comme elle, j’adore mon bain

                                               Ines

TANKA

Dans ma coupe de saké
nage une puce
absolument

oubliée de soi
d
étachée de tout.

Dans ma coupe de saké
nage une puce
absolument
volonté contre fatalité
éternellement.

Dans ma coupe de saké
nage une puce
absolument
perdue dans l’immensité
d’un océan vaporeux.

Dans ma coupe de saké
nage une puce
absolument
petite perle enfantine

qui nage, qui saute, qui pique, qui rit.

Dans ma coupe de saké
nage une puce
absolument

Au secours, au secours
de buveuse non aperçue !

Le voleur parti
n’a oublie qu’une chose
la lune à la fenêtre

Au voleur, au voleur,
négligeant de prendre mon cœur !

Le voleur parti
n’a oublié qu’une chose
la lune à la fenêtre
berceau d’argent léger
où couche la lumière du soleil.

Maria José

Diablotine à petites couettes,
elle arriva à la vie
au pire de mes moments;
ne me dit jamais mon prénom,
T
oujours m’appelle tata.

Ne me restent de lui
que certaines légères nuances
qu’il a changées en moi.
A-t-il voulu changer?
Il a perdu son temps.

On ne peut plus attendre
-
présent à toutes les heures-
le plaisir de se revoir.
Ce bonheur de nos sourires.
Ce désir de nos regards.

Dans ma coupe de saké
nage une puce
absolument.
Boire de la liqueur sucrée
d’un coup en soupe transfigurée.

Le voleur parti
n’a oublié qu’une chose-
la lune à la fenêtre.
Doucement, le vent l’a frappée.
On l’a volée, la lune.

Elena

                        TRADUCTIONS D’UNE LANGUE À D’AUTRES

Si rudement tombe                             Llanto celeste

sur les œillets                                       arrasando las flores

l’averse d’été.                                     de agosto.

(Sampü)

Tombée de la nuit,                               En el crepúsculo,

J’écoute le charbon tombant,               sonido del carbón cayendo,

Poussière, sur le charbon .                   y el polvo sobre el carbón.

.

(Ryata)

 

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