JOURNAL INTIME DE  HENRY JEAN-MARIE LEVET
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D’APRÈS LA BIOGRAPHIE ET QUELQUES POÈMES D’ HENRI JEAN-MARIE  LEVET (1874-1903).

 

 

Jeudi 10 Novembre. Quelle date! Si on ne dit que ça, on ne dit pas grand-chose, mais............

Je me suis réveillé en sursaut comme d´habitude à 7 heures du matin, néanmoins je n´avais pas envie de me lever. Allongé sur mon lit,  je regardais les gouttes d´eau descendre comme des larmes sur  les vitres, un jour gris. Je me demandais pourquoi je le sentais tellement gris. Jusqu´à présent, je n´avais jamais éprouvé un tel sentiment... Il m´a fallu plus de courage encore pour me lever.

Enfin au lycée. Il est midi et on doit aller manger. Mes collègues décident d´aller à la cantine. Tout à coup, le journal régional tombe dans mes mains comme par hasard. Une photo, un gros titre, c´est qui ? Je lis RIMBAUD EST MORT. Son visage me frappe. Une image  qui m´a accompagné toute la journée, je vois ses yeux, il a l´air  bizarre. Une envie de lire cette nouvelle tout seul me pousse à quitter mes amis, pourtant je n´en  ai pas le courage. Je viens de découvrir qu´il est un poète et chez nous, on se moque de ses attitudes.  J´ai honte d´avouer que je me sens attiré par cet étrange personnage. J´ attends l´après-midi avec impatience.

Vers 14 heures, mes collègues décident de partir; je dois trouver un prétexte pour ne pas les accompagner, et je vais vite acheter un  journal. Une fois dans la chaleur de ma chambre, claire et accueillante comme jamais, je lis l´article de A à Z. Qu´est-ce que j´ai ressenti, pas des paroles, une angoisse ? Je viens de découvrir un nouvel univers : la poésie. Un poème de lui à la une. Je le lis attentivement, le relis et tout de suite une inspiration inattendue m´envahit.

Il fait noir, la pluie n´arrête pas. Je regarde derrière les vitres, personne dans la rue. J´ai eu une vision, un homme caché sous ses vêtements; je suis tellement obsédé par Rimbaud, qu´il me semble le reconnaître. J´ai ouvert la fenêtre et crié, fort, fort. Lui, il ne répond pas, « c´est à vous, Monsieur, Monsieur.......... ». Mais lui, il redresse la tête, enlève son chapeau et je découvre un homme âgé, rien à avoir, juste un fantôme à moi. « Pardon monsieur, je vous ai pris pour une autre personne, excusez-moi »

Des larmes dans mes yeux, ,,,, .


ARTICLE :

 

JOURNAL RÉGIONAL

 

L´ÉNIGMATIQUE RIMBAUD EST DÉCÉDÉ, LA POÉSIE PLEURE LA PERTE D´UN MAÎTRE IRREMPLAÇABLE

 

Le 10 novembre 1891, dans un hospice de Marseille, disparaissait Arthur Rimbaud, au terme d´une longue et douloureuse agonie. Il avait trente-sept ans et souffrait d´un cancer des os, qui avait conduit à l´amputation de sa jambe droite lors d´une première hospitalisation. Pour si brève qu´elle fût, la vie de Rimbaud ne constitue pas moins une des grandes énigmes de la littérature française.


                                                                     Charleville et Mézières, le 12 Novembre 1891

 

             Cher Tevel,

 

            Cela fait 2 jours que je n´écris pas. Pas le courage. Je veux partager avec toi mes dernières nouvelles. Il y a quelques jours, j’ai rencontré la poésie, j´ai découvert un nouvel univers : L´importance des mots, ils expriment plus que ce que l´on pense.

            Tevel, ami, comment me faire comprendre? Je ne dors plus depuis deux jours, une angoisse envahit ma vie, tout dans ma tête est triste, combien de mots pour jouer me viennent à l´esprit; et toi, tu te demanderas à cause de quoi. La mort de RIMBAUD, un poète presque inconnu, polémique comme personne ; mais pourtant la nouvelle de sa mort m´a fait entrer dans l´univers de la poésie, jusqu´à présent loin de moi. Que vient faire Rimbaud dans mon histoire ? Rien ? Un simple dérapage culturel, au cas où je serais en manque de poésie ?

            Je ne suis presque pas sorti de ma chambre depuis deux jours; j´ai consacré mon temps à lire ses poèmes. Chez lui, les mots semblent des mythes. Dès maintenant, je ne peux plus me passer de lui. Parmi tant d´autres lectures, j´ai notamment retenu la lettre de sa sœur à sa mère quelques jours après sa mort; elle y retrace les réflexions, les émotions, écrites jour après jour dans le secret de sa maladie.

            Cher ami Tevel, crois-moi, les poètes nous offrent des avenirs fabuleux, des lendemains heureux, de tristes sentiments, de dures réalités, suivant la ligne de chaque main tendue pour découvrir les mots justes. Mais, les mots qui pourraient finalement nous répondre, comment les entendre jamais ??

Voici mon hommage à Rimbaud, le poète qui m´a offert les clés des mots, dis-moi ce que tu penses de moi ?? Je suis fou ??… Ou plus peut-être ???


LE PO-AIME

A la nuit bienvenue, à l’aube de l’éveil

le poète se blottit dans le noir lumineux

de son âme en tendresse...

 

Le monde n’envahit plus son attention, il entre dans sa plume,

sa bougie, et son parchemin blanc, instrument de sa libération...

Il les devient ineffablement...

 

La bougie ondule sous le vent inspirant

des mots qui naissent tranquillement

à la joie de sa plume valsant sur le papier...

 

Le poète parle à sa feuille, lui exprimant

la danse de son âme comme une farandole de flammes

qui l’illuminent d’espoir...

 

Et la plume s’agite comme l’écume pétillante

d’une vague bondissante dans l’effervescence d’un orage...

Le poème prend naissance du cœur du poète,

poésie tendre et gracieuse issue d’un tout petit filet d’encre d’âme...

 

Et pourtant, peu à peu la poésie s’agite, se rebelle, se rétracte...

La plume gribouille, rature, recommence, rime encore …

et le poète hagard, admire cet ouvrage … accouche sa souffrance…

Le poème se libère, sur le parchemin de lumière…

Il se mire à l’ombre du miroir,

Tel un narcisse contemplant son image…

 

Il réplique au poète, insiste sur un vers

exige un mot plus beau, rejette cette idée là…

appelle un ange ici…et se remire encore…

 

L’avis du créateur n’est pas la vie du sonnet virevoltant

Qui bientôt inondera la mémoire des vivants ?

et parcourra le sillage des cœurs ouverts à l’âme des poètes…

 

Poètes, parlez à votre poésie,

elle vous racontera sa vie

Déclamer abondamment votre flamme

Ô po-aime, votre création…                                                                                             

                                                                                                                                            Charleville et Mézières,le 12 Novembre 1891

 

Cher ami Tevel, me voici à nouveau avec mon thème récurrent par excellence depuis trois jours. Sa mort est très fortement présente dans mon esprit. J´ai besoin de lire son testament évoquant explicitement et en long sa propre mort. Toute ma vie, j´ai aussi ressenti une attirance pour les cimetières. C´est vrai que j´aimais bien les cérémonies d´enterrement et que je m´y rendais fréquemment, même si l´enterrement ne concernait pas directement un de mes proches. Mais cette fois-ci, c ´est différent. J´imagine son enterrement, comme une danse. Drôle de début pour un poète comme lui. Il s´agit de l’enterrement de Rimbaud, un ami que je viens de découvrir, qui a vraiment existé, que je n´ai pas connu, sans que pour cela il soit moins important pour moi. J´ai commencé à écrire mes poèmes après avoir appris sa mort . Je ne peux plus continuer, voici l´épître que je lui ai rédigé :

 

ÉPÎTRE

 

Sans doute ta disparition inéluctable me devient-elle véritablement insupportable, c´est pour cela que j´ai préféré ne pas continuer à répéter par l´écriture le dernier acte qui te restait à jouer : celui de ton propre effacement et de ta mort.

 

                                               Carmen

                                              

                                               ****************

 

LÉON-PAUL FARGUE m’a donné à lire ces intéressantes poésies. Comme je l’admire!

 

         PHASES                                                                                       VULTURNE

             I                                                                                        I 

 

-  Dites-moi. Savez-vous même                                  VOUS FAITES UN SONGE

Aimer aussi qui vous aime?                                                    

                                                                                       Quand tu vacilles au sommet du désespoir,                                    

- Mon oiseau de paradis,                                             Lorsque les larmes sont rebelles,

C’est quand le soleil sourit.                                           Lorsque les larmes sont taries,   

                                                                                       Monte au-dessus des hommes.

- N’est-ce point là qu’une mouche                              Mais qu’est-ce qu’il a à monter tout le temps, riant et pleurant, 

Dit sa musique jalouse?                                           ce monsieur rouge et noir?

                                                                                       Il a du chagrin.

-  Le silence bleu et or

Cueille d’indivisibles fleurs.                                         Voilà. Ça a eu le coeur élevé dans du coton,

                                                                                       Et ça souffre.

- Ah le soleil délaissé                                                   Donne un coup de pied! Il y a le sens, et faut le chercher.

Faisait mon intimité.                                                      Comme on cherche un ressort secret.

                                                                                       Quand tu l’as trouvé

                                                                                       Tu marches sur toutes ces têtes en proue de                                                                                                                                 systématiques,]

                     II                                                               Sur tous ces yeux de basse-cour,

                                                                                       Tu es sauvé!

L’enfant pourra bien mourir

S’il se fatigue à courir                                                   Je ne veux pas me laisser prendre! Je ne serai                                                                                   pas fait de

Parmi les objets aimés.                                            Sitôt! Je ne suis pas encore bonard!

                                                                                    J’aime mieux y laisser ma peau de veston,                                                                                         comme un voleur!

On écoute à la croisée                                                  J’aime mieux y laisser une patte en gage,                                                                                                       comme une sauterelle

Le pauvre faire sa cour                                                      Au silence du grand jour.

                                                                                     Hop-là!  Sautez!  Sauvé  du                                                                                                                        compartimentage,  de  toutes ces

Bruit du jour, fais ta prière.                                    Cellules et de toutes ces boîtes les unes dans les                                                                                       autres, des salles

L’heure passe lente et claire                                   de police tainiennes, de toutes ces mouches                                                                                                         encriphiles, des yeux   

Sur la place somnolente,                                        captifs, des  larmes  d’ornière,  de  tous  ces                                                                                                        rayons  qui  pèchent  

Sous le ciel d’hiver tremblant.                               par la clef, de tout cet échiquier de chair où                                                                                                           broutent  les  ludions

                                                                               de l’amour!

Comme la vie fait souffrir,                                        Ai-je donné malgré moi le coup de pied qui                                                                                                       chasse les hommes,

Sans reproche, sans mot dire,                                ou si j’ai laissé passer l’heure?

Pour un rien, pour le plaisir...                                   Une voix tonnante  et  silencieuse  m’aspire                                                                                            comme  un  retour

                                                                 de flamme. Un abîme s’ouvre sous mes pas.

 

                                                                                     

                                                                                 Je monte!

 


 

Jean-Marie Étienne Levet                                                                   d                                                  

                                                                                                           e                             

 

                                                                                                                                                                   in                                                                                                                                                      

                                                                                                                     l                           l          

                                                                                                                          a                                 

                                                                                                                                          u

                                                                                                                                 g    

                                                                                                                                     a

                                                                                                                               o          l

                                                                                                                           m                    e

                                                                                                                        e                          t

                                                                                                                      l                                 t           

                                                                                                                                                        e   

 

 

 

                       

                                                                       ******************************************************************

 

Du journal de Levet

 

Paris, mardi 10 janvier 1895

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                Ça fait seulement deux jours que j’ai quitté Montbrison. J’ai dû renoncer à mes chers Monts du Forez dont, bien des fois, nous nous approchions en famille; cependant, il fallait que je trouvasse de nouveaux horizons. Bon! Je suis à Paris avec mes valises qui contiennent mes précieux livres et mes petits souvenirs. Mais je suis très fatigué et demain, on verra.

 

Jeudi 12 janvier

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           Ce matin j’ai visité le quartier Montmartre. Dans un café modeste, j’ai connu Léon-Paul Fargue et,  tout à l’heure, nous avons parlé de poésie; un jour, peut-être, je lui donnerai à lire mes poèmes d’enfance. Pour l’instant, il m’a promis de me montrer les cafés-concerts, points de réunion de la bohème. C’est superbe!

 

Mercredi 18 janvier

           __________

 

               Aujourd’hui je suis très inquiet. L’autre nuit j’ai pu connaître Maxime Dethomas et Francis Jourdain, des artistes bohèmes. Au moment où je me disposais à bien dormir, j’ai reçu une missive du «Courrier français». C’est magnifique! Je suis invité à collaborer avec ce journal prestigieux. Je vais commencer le 10 février prochain.

 

Vendredi 27 avril

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           Je poursuis ma collaboration au «Courrier français» et je suis libre de mon temps pour vivre de plus en plus la nuit parisienne. Je crois que ce genre de vie est celui que je cherchais. J’ai aussi une espèce de fièvre de l’écriture et le journal me donne la possibilité de me faire connaître. Mon ami Léon-Paul m’encourage à continuer, mais j’ai déjà entendu quelques critiques qui n’ont pas été si favorables.

 

5 mars 1900        

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                  Il est temps de revenir à mon journal. Je me sens ému parce que le monument à mon très cher Rimbaud est de plus en plus proche. Je serai secrétaire du comité. En outre, je me sens  privilégié parce que je garde une précieuse page manuscrite du poète.

        

                                               ******************

 

Février

 

Il y a deux semaines que je suis au lit; l’ennui me prend, aucune rumeur autour de moi. La consigne est ne pas me déranger; ma mère n’abandonne pas mon chevet. La toux, la fièvre, ma tête qui explose…

 

Avril  

 

La crise est passée bien que la maladie m’accompagnera toujours. Je reprends entre mes mains ce cahier qui sera dès aujourd’hui témoin de ma vie. Un journal où je laisserai les traces de mon existence.

 

Le 1er mai 1891

 

Le 1er mai: voici la première date pour mon journal. Un jour qui mérite d’être marqué par un numéro. La date qui fête les hommes libres. L’esprit de la Commune qui renaît dans la lutte de ces ouvriers morts. Ah! comme les vers du poême de Rimbaud reviennent à ma mémoire:

 

«Au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires»

 

Quel fier regard, votre main calme sur votre poitrine maintient le col de fourrure du manteau. Il semble que quelqu’un vous ait offensée. Je devine déjà dans vos yeux distants et vos lèvres fermées que votre décision de partir est inamovible. Il ne me reste qu’à accepter votre détermination et à vous souhaiter mes meilleurs voeux pour votre nouvelle vie.

 

                                                           Conchi

 

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