LIPOGRAMME
Texte original :
Assis dans une tombe, l’homme a regardé le ciel où, immobile,
est suspendu le disque solaire et a entendu le silence profond qui règne
dans les cimetières lorsqu’il n’y a pas de vent. Ce silence qui a tout
inondé, a traversé les murs et a envahi la ville.
Lipogramme:
Étendu sur une tombe, l’homme qui contemple
le ciel où, immobile, le soleil est suspendu, entend le silence
profond qui règne sur les cimetières, lorsque tombe le vent. Ce silence
qui recouvre tout, et pénètre les murs, conquiert le bourg.
PRENDRE
DE PETITS PLAISIRS
D’APRÈS
LE LIVRE DE PHILIPPE DELERM, LA
PREMIÈRE GORGÉE DE BIÈRE ET AUTRES PLAISIRS MINUSCULES, GALLIMARD,
1997.
CHOSES MINUSCULES.
Un crayon
devenu trop petit.
Il est insignifiant,
on peut le jeter à la poubelle, sa valeur est infime. C’est son passé
qui le rend attirant. L’inventaire n’est pas facile : notes, brouillons,
croquis, comptes, traits, hachures, mots, taches, messages, exercices,
sentiments, illusions, tristesses…. Grand bagage pour un si petit objet.
Réduit presque
à rien par l’usage et le taille-crayon, sa fonction est remplie. On
le garde avec soin au fond du sac. Il ne rend plus service, mais on
devine le mystère qu’il recèle.
Cristina
UN PLAISIR
MINUSCULE
Dans un sac,
un vaporisateur.
Il est toujours dans le sac. Vivre
tranquillement, c´est presque impossible.
Il y a toujours des choses à
faire: la fac, le travail, les amis, la famille, le sport .... tout ce qui fait partie de notre vie. Il faut trouver
du temps pour faire tout ça. Trouver une seconde aussi dont on a envie;
il arrive un moment où on manque de solitude, de calme.
Ce petit flacon qui est minuscule et fragile, change tout. Ouvrir le
flacon et sentir l´odeur, l´arôme
de son parfum favori, remplir l´atmosphère de ce parfum et retrouver
une autre personne. C´est comme commencer une autre fois la journée
. Sentir ce qu´on aime. On a la sensation d´être dans un jardin de roses
et peut-être que la personne qui est à côté de nous a cette même sensation.
Jouer avec les odeurs et changer de
personnalité chaque jour: être dans un jardin de roses lundi,
mardi aller à la plage pour sentir la mer, mercredi éprouver
la sensation de voyager à la campagne, jeudi l´odeur d´un fruit,.......
et vendredi être la reine de l´Alhambra entourée de fleurs d´oranger.
On peut changer de jour et jouer avec les différents parfums qu´on emporte
à l´intérieur du vaporisateur.
On a la sensation d´être une petite
fille qui chaque jour choisit un jeu.
Blanca
Déménager
Maintenant,
tout va de travers.
Le plombier n'est pas arrivé à l'heure et on n'aura plus d'eau chaude
jusqu'à demain. L'électricien a oublié de faire les branchements de
la cuisine et dîner quelque chose de chaud ce soir sera difficile. La
machine à laver est en panne, elle a probablement été la victime du
chauffeur de la compagnie de déménagement. Mais, mon dieu! comment va-t-on
se lever à sept heures du matin si on ne trouve nulle part son réveil?
À ce moment-là,
on se demande pourquoi on a pris la décision de changer de quartier. On était si heureuse chez soi...
Le petit problème
du déplacement au centre-ville n’était pas si grave. On n'y perdait que deux heures par jour et on
n'éprouvera plus le petit plaisir de la lecture dans le métro. D'autre
part, le fait de partager son appartement suppose une expérience si
éducative d'organisation de l'espace et des possessions. Serai-je capable
de vivre toute seule?
Ça suffit, ce n'est pas
facile de changer de vie, mais on ne peut jamais se laisser aller à la mélancolie à cause de ces problèmes quotidiens.
Pour chacun d'entre eux, il y a une solution, il faut la trouver.
Demain
tout ira bien.
ALLER
AU CINÉMA
C´est une idée que l´on trouve fréquemment
dans sa tête, spécialement quand on entend à la radio les derniers films
sortis en hiver et qu´on n´a pas le temps d’y aller ; ou bien,
à ce moment-là, on ne trouve personne qui puisse
garder ses enfants.
Mais c´est quelque chose que l´on souhaite
souvent, surtout le samedi après-midi quand sa fille aînée a beaucoup
de devoirs et que la cadette vient de commencer à lire. On doit être
à côté d´elles.
C´est quelquefois un désir qu´on ne
peut pas toujours réaliser.
Ainsi, on prend rendez-vous avec un
ami, mercredi après-midi, et il arrive un travail que l´on doit faire.
Un autre jour, quand tout est prêt,
quelqu´un nous téléphone sur le portable pour aller chez nous.
De toute façon, arriver au cinéma est
difficile, mais quand on se trouve devant le guichet et qu´il n´ y a
pas d´entrée pour le film que l´on veut voir, on se demande: qu’allons-nous
voir maintenant ?
On doit choisir un film le plus rapidement
possible. Il y a des gens derrière qui attendent.
Le film commence; personne ne parle ;
le silence est très fort ; on est gêné de temps en temps par la
toux de quelqu´un. C´est merveilleux que beaucoup de personnes en même
temps sachent faire le même chose; écouter et regarder.
María Gómez
LIRE SUR
LA PLAGE
Pas
si facile de lire sur la plage. Surtout quand il y a un fort vent qui
vient du sud. Quand les mains ont de la crème et que l´encre du journal
a disparu. Quand les enfants heureux qui jouent au bord de l´eau t´éclaboussent.
En plus, quand tu as oublié tes lunettes à l´ hôtel. Quand le soleil
est très fort et qu’on n´en peut plus. Quand tu te trouves à côté d´une
famille nombreuse et qu´ils n´arrêtent pas de crier. Quand on a oublié
ses épingles à cheveux et qu’ il y a du vent.
Tu y penses en même temps que tu lis.
María Gómez
La lumière d´une bougie
Pas très pratique d´éclairer le noir gratuit
de la nuit à la faible lueur jaune de la chandelle. Rendre une pièce
lumineuse, accueillante avec une bougie. Chercher l´endroit précis pour
bien placer la bougie. On la met sur un chandelier en métal, on l´allume.
Elle est là, au centre d´ une table en bois foncé, réfléchissant sa
clarté. À côté, les murs reflètent de légères taches blanches.
Dans l´ air on sent la douceur du parfum fruité de la bougie. Regarder
la fumée monter. Elle se répand sur les tons jaunâtres des murs noircis
avec le temps. La flamme des chandelles, mouvante et tremblotante, donne
aux choses ombres et mouvement. La décoration sculptée prend un relief
plus vif, les surfaces polies, dorures, argent, miroirs,
luisent; tous les objets semblent s’animer. La bougie se consume,
Les gouttes de cire perlent comme des larmes.
Elles glissent, dérapent, semblent incontrôlables.
On vit à l’âge des
ampoules et il nous est presque impossible d’imaginer à quel point,
jusqu’à l’avènement, au siècle dernier, de l’éclairage au gaz, il y
avait peu de lumière dans les maisons une fois la nuit tombée. Le feu
était un point focal dans chaque pièce, où il assurait à la fois chaleur
et éclairage. La vie quotidienne était gouvernée par les heures
du jour.
C´est pour cela que dans la pièce ainsi éclairée
bon nombre de souvenirs nous viennent à l´esprit. On se transporte à
l´époque où la bougie était indispensable aux écrivains. On les voit
assis à leur table, en face du chandelier, en train de plonger leurs
plumes abattues dans l´encre qui finira par remplir le papier blanc.
On se retrouve dans la vieille demeure de ses grands-parents assis en
face d´une cheminée, en train d´écouter des histoires passionnantes
de jadis. De plus, sous l´effet de l´odeur de la fumée grise, la sensation
de manger du pain chaud, de boire du café noir brûlant, nous vient à
la bouche.
La chandelle,
Symbole de
fête, de cérémonie, de romance, et de convivialité entame sa
fin fatale. C'est fini maintenant. Ces souvenirs évoqués à l´abri de la cire qui coule,
c´est juste le signe que le temps passe, qu´il ne s´arrête jamais.
Carmen
Un voyage plein d’illusions
Nous nous disposons
à connaître un village, on ne sait où. Là, il y a un noeud ferroviaire
très connu et on s’imagine un village curieux.
Dimanche matin, on se lève
très tôt pour prendre le premier train. On n’a
même pas le temps d’un café; en arrivant, on prendra un succulent
petit déjeuner.
Beaucoup de personnes montent en
chemin. Tout va bien, pour l’instant. Par la fenêtre, on découvre un
paysage très agréable. Les gares du parcours sont anciennes et jolies.
Mais, en arrivant à l’avant-dernier
village... Qu’est-ce qu’il se passe? Tous les voyageurs descendent!
On reste là; peut-être un lieu
paisible et pittoresque nous attend-il? Le train se met en marche lentement;
peu de temps après, il arrive à destination.
En dehors de la gare -presque vide-
on ne voit qu’un parking, quelques maisons sans intérêt et un petit
pont en ruine sur la route. On demande à un garçon:
- Où est le village?
- Il n’y a que cela. C’est le dernier arrêt du train dans cette ligne.
On le soupçonnait
déjà, mais on espère toujours.
Il ne nous reste qu’à regarder les
trains et à nous en retourner comme nous sommes venus. Il est mieux
de ne rien raconter... La prochaine fois, on s’informera mieux.
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