LES NUITS D’ÉTÉ
C’est un plaisir court. Il fait chaud et on ne peut pas dormir. Mais dans le jardin tout change. Quelque part il y a une chaise longue, sur laquelle somnoler. Le murmure vert du vent dans les arbres d’un jardin chante pour nous. Il y a peu de lumière, mais c’est suffisant pour lire jusqu’au petit matin.
La nuit semble longue, néanmoins les heures passent comme les pages de notre livre …et de nouveau le jour, la chaleur, le bruit de pas, la rumeur des conversations lontaines, … puis le silence.
La brise nocturne nous couvre comme un édredon. L’obscurité nous protège, et sous elle tout a une nouvelle dimension plus concrète. Les généralités n’ont pas lieu, seul ce que la lumière atteint existe. Tout le reste disparaît, comme la chambre d’une petite enfant qui est en train de lire.
Les saisons passent et on attend que les nuits d’été arrivent, simplement pour avoir du temps pour être.
Le café d’une fac, tôt le matin. Un quidam à l’air cool, moderne, sophistiqué, faune autochtone; en deux mots, il est du genre bobo. Les élèves prennent le petit déjeuner et bavardent. Le quidam me bouscule pour passer devant moi, et joue des coudes. Il essaie d’attirer l’attention du garçon de café. Je lui dis : « excuse-moi, mais j’étais avant toi ». Il me regarde arrogant et, indifférent, il commande.
Trois heures plus tard , je le rencontre à la bibliothèque avec un type de son espèce parlant du manque d’éducation des gens.
Pourquoi la mort est-elle invisible?
Autrefois, la Mort faisait sa tournée à visage découvert. Elle arrivait chez les gens, s’asseyait et disait à l’un d’eux : -Je suis venue te prendre, hâte-toi !. Elle enlevait l’âme à la personne désignée ou un mourant isolé, puis disparaissait.
Un jour - il y a de cela bien longtemps - un vieux forgeron travaillait dans sa forge avec son fils qui maniait le soufflet. La Mort entra dans l’atelier, en sonnant à la petite clochette qui était à la porte. Le vieux forgeron se leva et il se trouva en face d’une vieille femme. Elle avait les cheveuxblancs et très longs. Ses yeux gris et grands étaient les yeux les plus bizarres qu’il avait jamais vus. Tout à coup elle dit : - Je cherche quelqu’un. Après, elle partit sans rien dire. Le même jour, alors que le forgeron et son fils se dirigaient vers le village, en chemin ils rencontrèrent une femme grande avec les cheveux blonds. Elle avait les même yeux que la vieille femme ; ces yeux mystérieux, hypnotiques, hors du temps. La femme regarda le vieux forgeron et soudain lui dit : - Je cherche quelqu’un ; et après,elle continua son chemin.
Le forgeron ne savait plus ce qu’il devait penser. C’est très bizarre de trouver le même jour deux femmes se ressemblant et disant toutes les deux la même phrase ; coïncidence, il pensait que ce n’était qu’une coïncidence.
Le soir, pendant que le forgeron et sa famille dînaient, une petite fille jouait devant la maison du forgeron. Elle avait ces yeux, plus âgés qu’elle-même, pleins de l’expérience de maintes vies.
Cette nuit-là, il rêva de ces yeux ; chaque fois qu’il fermait les yeux, il les voyait très clairement. À minuit, il entendit un bruit. Il s’habilla et il descendit l’escalier très doucement. Dans le salon, il vit la vieille femme, la femme aux cheveux blonds et la petite fille assises autour de la table. Elles lui dirent : - Nous sommes venues pour te prendre. Le forgeron leur répondit : -Qu’est-ce que vous voulez de moi ? Je n’ai rien. - Forgeron, nous sommes la Mort, et nous te prions de nous accompagner. Le vieux forgeron ne pouvait pas croire que ces charmantes femmes étaient la Mort, et il se coucha à nouveau.
La Mort ne peut pas prendre l’âme d’une personne de force. IL en résulta que le forgeron ne pouvait pas mourir.
Le temps passait et la Mort vivait parmi les gens, comme si elle étaient des personnes. Toutes les nuits elles étaient chez le forgeron pour lui dire : - Forgeron, nous sommes la Mort et nous te prions de nous accompagner. Mais il se couchait de nouveau toutes les fois.
Comme la Mort vivait parmi les gens, et qu’elle paraissait être des personnes, elle vivait comme elles. Et un jour, elle ne put plus prendre l’âme des hommes, parce qu’elle éprouvait des sentiments envers eux. La Mort oublia son travail et les gens ne mouraient jamais. A partir de ce jour, Dieu a rendu la Mort invisible.
Un quartier d’une grande ville où se trouve un ancien cinéma en ruine. Il y a longtemps, c’était un cinema très luxueux, où les vendredi soir avait lieu un spectacle de glamour et d’argent.
Un matin de novembre, alors que j’allais à la fac, le bus est tombé en panne. Comme, de toute façon, j’allais arriver en retard, j’ai pris la décision de continuer à pied. En chemin, je suis tombée sur ce vieux batiment, qui autrefois était un cinéma. D’une porte vermoulue, un homme est sorti ; il était très âgé. Il m’a raconté qu’il était l’ouvreur du cinéma et qu’il habitait là depuis que l’endroit avait été abandonné.
Le jour suivant, je suis retournée dans ce quartier pour voir de nouveau cet homme et parler avec lui un peu plus. Quand je suis arrivée, il n’y avait plus de cinéma, au lieu de ça il y avait des ouvriers et des machines.