VENDREDI MATIN AU MUSÉE DU PRADO
Monter les marches lentement, sans trop se presser carà la porte d’entrée se multiplient les curieux qui viennent voir l’exposition temporaire. Dix visiteurs devant moi, tous accomplissent le même rituel : sortir son porte-monnaie (ce n’est pas si facile quand on a un plan et d’autres gadgets touristiques à la main) ; payer et si on le mérite (jeunes, étudiants, retraités ou groupe d’écoliers, quelle chance d’appartenir à une de ces catégories!) on entrera gratuitement ; son sac, passé par le contrôle de sécurité, restera à la consigne : trop ennuyant de le porter à la main pendant la visite durant une heure ou plus.
Une fois qu’on est dedans, le rituel ne finit pas. Tout au contraire : on est lancé ! Un tableau après un autre, lécher les peintures avec les yeux, dix secondes pour chacun, car il faut tous les regarder pour, après, pouvoir bavarder un minimum avec les copains. Ne pas oublier de lire les affiches : portrait de Philippe II, le barbier du Pape, l’Infante Marguerite, Velázquez, Zurbarán, El Greco, Carducho, Moro… Je ne sais pas quoi de je ne sais pas qui. Les portraits, sujet de l’exposition (à ne pas rater selon les connaisseurs !) , défilent comme des fous devant nos yeux. Et bien sûr, parler. Parler de n’importe quoi avec nos compagnons : « T’as vu, magnifique le rendu des vêtements ! Quels velours et les regards intenses ! Sans doute le peintre connaissait-il très bien son sujet, car il a réussi à capter toute l’intensité de sa personnalité dans ses yeux. Merveilleux, merveilleux, tous les tableaux !…» Et encore plus de blablabla. Et moi, je me demande : il faut regarder où, quelle partie du tableau pour arriver à avoir l’air intéressant et fasciné devant les autres ?
Au milieu du couloir, un banc. Je m’ assois. Maintenant ce sont les visiteurs qui passent devant mes yeux ; il font partie de l’ensemble. Partie du parcours, partie des kilomètres à parcourir dans le musée.
C’est une chose, une curiosité qui vaut le voyage, dont l’intérêt mérite qu’on se déplace spécialement pour la trouver ou la voir. VOYAGE , selon le Petit Robert.
NOTATIONS
Vers onze heures du matin, au marché aux puces. Une jeune fille de pas plus de vingt ans, achète un grand bouquet de fleurs. Vêtue drôlement, on dirait une fille-coquelicot, avec des cheveux noirs jusqu’à la ceinture, qui soulignent sa peau claire et ses yeux verts. Les gens passent, regardant les marchandises et les produits des différents éventaires. Elle hésite entre roses, tulipes et azalées. Le jeune vendeur lui conseille des marguerites de différentes couleurs. Elle paie et continue à faire ses courses, semblant déconcertée, troublée par le frôlement entre sa main et celle du quidam.
Presqu’une heure plus tard, je la retrouve sur une place ensoleillée, près du marché. Elle prend un café à une terrasse et parle avec une vieille dame, à l’air charmant et coquin, «Vraiment il suffisait de me souhaiter bon anniversaire. Dans ta situation.. ! », lui dit-elle, comme si elle savait à qui la fille avait acheté le bouquet.
DÉGOÛTÉ + FACHÉ = INSUPPORTABLE
La poisse ! Ce matin j’ai rien vendu. En plus j’ai dû supporter ces pies jacasses qui te posent des milliers de questions sur les marchandises, et qui achètent rien ! Elles causent, elles causent, c’est tout ce qu’elles savent faire ! Et comme si ça suffisait pas! Quoi en plus ? cette nana, pour finir de m’emmerder, la fille-coquelicot, qu’on l’appelle…quel surnom à la con, mon Dieu ! Elle arrive avec ses fringues quivalent que dalle (mais qu’est-ce qu’elle est moche habillée comme ça !!) et elle s’est mise à draguer avec ce casse -cul, ce gogode vendeur de fleurs. Scène de roman à l’eau de rose, beurk ! Je vais devenir diabétique avec toute ces douceurs genre Titanic. Tout ça me casse les pieds.
« Je ne suis pas sûre … Vous me conseillez quoi pour un joli bouquet ? ». Bien sûre difficile…pour une amibe à trois neurones, bien sûre. Et lui, ce crétin de jeune vendeur, qu’est-ce qu’il fait, hein ? Son beau gosse, comme toujours. Il a failli lui dire « Eh ma jolie, ça farte ? », pendant qu’il lui recommandait je ne sais quelle merde d’êtres végétales qui ne servent qu’à vous donner des allergies. Même pas mangeables !
Deux heures après, quand je suis allé prendre un coup au bistrot du coin et que je croyais que tout ça était fini, revoilà cette connasse insupportable ! Cette fois, elle était avec une vieille godasse avec plus de rides qu’une tortue. Voilà que la petite sœur de Toutânkhamon la prend de haut à cause du bouquet qu’elle lui avait acheté pour son anniversaire. Ça va de pire en pire cette journée, mon cul, me suis-je dit . Espèce de relique, au moins la pauvre fillette s’est souvenu de toi! Je me suis retenu pour pas la traiter de vieux melon et de canasson refroidi.
LA VILLE INVISIBLE
Moi, Claude F., je me suis connue l’autre jour. Je me suis retrouvée moi même dans une rue de la ville de P. où j’habite. Mais pas dans n’importe quelle rue : dans celle qui relie ma ville avec sa jumelle invisible. Son double dans l’espace et le temps. Une jumelle dont personne n’avait jamais entendu parler. Et moi, Claude F.,j’ai traversé le néant.
Vendredi matin, je suis partie de chez moi pour aller à la fac. Mais vu que dernièrement tout là-bas m’ennuie, j’ai préféré faire l’école buissonnière. J’ai traîné sans but, jusqu’à tard dans le soir, par les ruelles de P. La ville,placée au milieu de la forêt, avec ses milliards de rues tortueuses, est un véritable labyrinthe qu’il faut bien connaître pour ne pas s’y perdre. Moi, qui me prenais par une experte, je me suis égarée. Heureuse, je me suis perdue pour après me retrouver.
Au but d’une toute petite rue quelconque, se trouvait la porte pour la ville invisible. Rien ne la distingue des autres. C’est même pas une vraie porte, mais plutôt un passage. À ce moment-là, il n’y avait personne dans le coin, c’était tard, et il n’y avait rien qui pouvait éveiller mes soupçons. Maintenant, je me souviens que, à un moment donnée, il n’y avait plus de fenêtres ni de portes des maisons, seulement les murs, qui longeaient la ruelle, blindés de lierres. Moi, je marchais plongée dans mes pensés sans rien fixer et à un moment donné j’ai cru que la rue finissait. « Un cul-de-sac ! », me suis-je dit, quand il ne me restait que quelques mètres avant d’arriver au bout du passage. Mais voilà que ce que je prenais pour une impasse, en fait s’ouvrait à droite vers une prolongation parallèle. J’ai continué à marcher lorsque je me suis trouvée nez à nez avec une autre personne. Et lui, il était moi. Au début j’ai cru qu’il s’agissait d’un miroir et on s’est scrutés longtemps, sans se quitter des yeux. On semblait de vrais jumeaux ! Petit à petit, après avoir été comme ébloui - il était aussi étonné - j’ai réalisé que l’autre personne face à moi était moi-même, mais de sexe masculin. « Bonjour, je m’appelle Claude », m’a-t-il dit. Le comble, il s’appelait comme moi ! Je n’en croyais pas mes oreilles. Comment pouvait-il être vrai, car on était la même personne mais avec deux corps différents et complémentaires.
Il fallait réagir. Moi aussi, je me suis présentée. Mais il ne m’a pas laissé le temps d’ assimiler la dernière impression, qu’il m’avait déjà relancé vers un monde de doutes et de questions sans réponse avec ses paroles. « J’en étais sûr. Dès que j’ai connu l’existence de cette porte je l’ai su. Tôt ou tard, il fallait qu’on se rencontre, eh voilà ! Mais, allons-y, les gardiens ne tarderont pas à arriver ». Alors, il m’a pris par la main et on a commencé à courir par les ruelles de la ville invisible. Tout m’était familier mais à la fois différent. Ici ce qui était bleu, face à moi, où tout était plutôt orange. J’étais folle ou il s’agissait de complémentaires, comme Claude et moi, on était la même personne ?
On est descendu par de petits escaliers dans une espèce de cave, couverte d’ affiches de la résistance.
- Mais qu’est-ce que cette drôle d’histoire ?, lui ai-je dit.
- Ne t’en fais pas, mais sache qu’on sera poursuivis vu qu’on s’est retrouvés, m’a-t-il répondu tout calmement, comme si c’était tout à fait normal.
- Quand même il faudrait que tu m’expliques, vu que tu as l’air d’être bien renseigné.
- Oui, en effet, je commande la résistance de ce côté de la ville de P. et je suis au courant de l’existence du passage depuis longtemps.UN JOUR D’ÉTÉ
de María Elena
La femme entre l’après-midi pour faire sa prière. Elle traverse les différentes pièces pour arriver à la salle desprières. Que trouve-t-elle sur son parcours ? Observe-t-elle la beauté sereine, calme à l’intérieur de la mosquée ? Regarde-t-elle la progression rythmique entre la lumière et l’ombre des différentes pièces? Et la coloration de leurs murs ? Car les murs de la mosquée sont comme un coing bien mûr, comme les épices que la femme a acheté ce matin au marché. Curry, safran… et toutes les épices arabes pour faire le couscous. Murs jaunâtres, flavescents, plutôt jonquilles, des fleurs jaunes d’or ou de la couleur de la semoule. En tout cas, jaunes végétaux : la paille à la fin de l’été. La même paille utilisée pour les sparteries qui couvrent le sol dans la dernière salle, le but de son chemin.
Avant d’y entrer, la femme, dans la cour devant la salle des prières, enlève ses chaussures. Dedans, la décoration qui couvre l’ensemble, l’ombrage de la chambre et le bouillonnement de la petite fontaine au centre de l’espace, invitent au repos et à la prière.
Fraîcheur dans la salle, dehors la chaleur et le bruit étouffants de la ville. Pièce carrée, la partie basse de ses murs et le sol sont pleins de petits morceaux de carreaux de faïence. Des milliards de jeux géométriques, qui se multiplient à l’infini dans l’espace. Des étoiles pour un lieu religieux. Images abstraites de la Création, n’imitant aucune forme naturelle reconnaissable, hormis ces étoiles et les végétaux. Végétaux qu’on trouve dans les minutieuses décorations en plâtre des arcs, grande ampleur qui soutiennent la voûte faite en bois. Végétaux qui s’entrelacent avec les vers du Coran, qu’on peut entendre comme un murmure qui se mêle au chuchotement, la médisance de l’eau.
La femme, elle fait ses ablutions. Tandis que l’eau coule tendrement par-dessus le bord en marbre de la petite fontaine, comme les mots dits dans chaque prière. Elle s’assoitdans la pénombre d’un coin, sur les nattes végétales. Moi, dans le groupe de touristes, je la vois, comme une apparence, un fantôme qui appartient à ce lieu : la belle, la magique, comme un rêve, la mosquée de Meknés.
À PROPOS DU MOT: FUNICULAIRE
Petite association:
Funiculaire- l’air de rien- rien ne se passe- passe le temps- temps d’amour- amour d’été- éthéré- recevoir- voir la mer- mériter- Terre de Feu- feuille d’automne- tordre de rire- riz chinois- noisette- tête blanche- Blanche neige- gerbe de fleurs- « Fleurniculaire »
Un souvenir :
Les escaliers à Montmartre, avec leurs belles vues, je les ai bien aimés. S’asseoir sur les marches ou prendre une photode ceux qui montent ou descendent.
Seulement la deuxième fois où je suis allée à Paris, j’ai pris le funiculaire pour arriver au pied du Sacré-Cœur. Il pleuvait, le soleil s’était déjà couché et j’étais accompagnée. Si j’avais été toute seule je ne l’aurais pas pris. Ça a été un bon moment : la première fois de ma vie où je suis montée dans un funiculaire; une machine, dont le seul nom me fait penser à la fin du XIXe siècle, je ne sais pas pourquoi.
Engagement :
À Prague, il existe un funiculaire qui traverse une petite forêt dans son parcours par le quartier Malà Strana. Un jour, cela vaudra la peine d’y retourner, un hiver froid, pour se faire plaisir avec la belle vue des toits couverts de neige.
Citation :
Le funiculaire a amené très loin notre civilisation. Deux cents mètres plus haut.
LE CONTE DE LA MORT ET LE VIEUX FORGERON
de María Elena
Autrefois, la Mort faisait sa tournée à visage découvert. Elle arrivait chez les gens, s’asseyait et disait à l’un d’eux : « Je suis venue te prendre ; hâte-toi !». Elle enlevait l’âme à la personne désignée, puis disparaissait.
Un jour, il y a de cela bien longtemps, un vieux forgeron travaillait dans sa forge, avec son fils qui maniait le soufflet. Tout calmement, la Mort ouvrit la porte et entra dans l’atelier. Cette fois-là, sans rien dire, elle prit le fils et s’en alla. Le vieux forgeron en demeura bouleversé un moment, mais rapidement, il réagit en se disant avec rage: « Il n’est pas juste que mon fils aimé aille mourir si jeune. Je trouverai la Mort, je lui donnerai la chasse! quand bien même je mettrais la Terre sens dessous dessus ! j’ai vu son visage, il ne me sera pas trop difficile de la reconnaître ».
Il partit donc avec un petit bagage et commença sa recherche de suite. Ce n’était pas si facile qu’il l’avait cru. La Mort, légère, sibylline et sinueuse profitait des vents pour passer vite d’un endroit à un autre. Le forgeron, lui, était vieuxet il ne connaissait pas le chemin qu’il devait suivre. Mais tous les gens qui le croisaient l’aidaient dans sa quête.
C’est comme ça, qu’au fin fond de la Terre, là où siègent les monstres qui font peur aux marins, qu’il rencontra la Mort. « Mort, arrête-toi ! », lui dit-il. « Je t’en prie, rends la vie à mon fils. Il est jeune et il mérite bien de rester au monde de nombreuses années encore. Je te demande de faire un échange : prends-moi et laisse-le ». Tous les deux, la Mort et le vieux forgeron, restèrent àdiscuter pendant des journées. Comme ils n’arrivaient pas à trouver une bonne solution, ils allèrent voir Dieu pour qu’il décidât. Et Dieu arbitra : « Forgeron, je laisserai la vie à ton fils, mais seulement jusqu’au moment où tu mourras. Après, vous partirez tous les deux ensemble avec la Mort ». Les présents trouvèrent cette solution juste. Et pour que cette situation n’arrivât plus, Dieu disposa que la Mort serait invisible pour que personne, mis à part ceux qui vont mourir, ne puisse pas la reconnaître.
L’ODEUR DE LA CANNELLE SUR LE RIZ AU LAIT
de María Elena
Bois en poudre. Morceaux minuscules et miraculeux : ça, c’est la cannelle. Mais pas tout. La cannelle sur le riz au lait c’est d’autres choses aussi. La cannelle sur le riz au lait, c’est un après-midi chez mémé.
Elle vient de préparer le délicieux dessert qu’on aime. Dès qu’on ouvre la porte, toute lamaison sent bon. Ça sent comme si les murs étaient faits en barbe à papa. Notre chère grand-mère a mis tout le riz au lait dans un grand pot pour qu’on le mange dimanche avec toute la famille. Mais aujourd’hui, elle nous laisse lécher le récipient, encore tiède, où elle a cuit nos désirs. On commence par les bords. Quand on n’arrive plus assez loin avec la langue, on essaie d’y mettre la tête. Ça ne marche pas. Alors, une fois qu’on a les joues entièrement couvertes d’une crème blanchâtre et onctueuse, on passe a l’action avec les doigts. Timidementavec l’index. Avec deux, ça ira bien mieux. Encore mieux avec toute la main. Comme tout plaisir est passager, ce qui reste dans la casserole est fini. Mais on en profitera encore dimanche, en se souvenant de l’odeur de la cannelle sur le riz au lait.
L’orage
de María Elena
Le beau temps était revenu tout calmement dans la vallée où habitait le père Taille et sa famille. Rien ne faisait penser à tout ce qui allait se dérouler dans une quinzaine de jours. Les arbres du jardin que Louise taillait, les champs de blé et de maïs que Paul cultivait, ou même les couettes sur les cordes, que Zulma venait de mettre à sécher derrière la grande maison de campagne. Rien ne faisait penser aux événements que nos personnages allaient vivre. Rien sauf un petit nuage, ficelle aux sommets des montagnes, qui, ces jours-là, allait devenir un gros orage.
Si le père Taille et son épouse avaient choisi ce lieu perdu au fin fond de la Terre, c’était précisément à cause de sa beauté sereine et pour la façon dont les jours s’ y écoulaient, sans que l’on s’en rende compte. Il cherchait un lieu où s’établir avec la petite famille qu’il venait de créer. Oublier leur vie antérieure, errante comme la charrette zigzaguant des gitans.
Le père Taille avait quatre enfants. Trois filles, Zulma, Louise et Alice, et un garçon, Paul.
Zulma avait vingt-cinq ans et, dès la mort de sa mère, il y avait cinq ans, elle s’était chargée de toute la famille. Heureusement, Irma, la vieille nourrice etfemme de ménage, l’aidait dans sa tâche. Malgré toutes les responsabilités que Zulma avait assumées, elle gardait sa beauté, pleine de joie, sa bonne humeur et son amabilité. Des qualités humaines qu’elle avait héritées de sa mère et qui avaient fait naître l’amour de Jourdan.
Pendant que Zulma s’occupait de la cuisine et du reste de la maison, Louise, avec ses vingt ans, était une experte jardinière. Elle cultivait le jardin derrière la maison. Avec ses arbres centenaires, ses fleurs importées des différentes parties du monde par le père Taille lors de ses voyages, son bassin avec des poissons rouges japonais et sa serre derrière la petite porte verte au fond du chemin, le jardin de cette famille immigrée, entre autres choses, excitait la jalousie des voisins des petits villages de la vallée.
Paul employait aussi la petite porte verte, mais pour aller au vieux grenier ou aux champs pour arroser la récolte. Il était le plus petit des enfants de la famille avec Louise, sa jumelle. Mis à part leur dix-huit ans, il n’y avait aucune ressemblance entre eux. Paul était blond et ses cheveux longs étaient comme le blé en été. Il avait des yeux verts comme l’herbe et un caractère généreux, souple mais inébranlable comme les épis balancés par le vent. En le voyant, on aurait dit que tout son physique est arrangé pour en faire un très beau et sensuel paysan. Par contre, Louise, sa jumelle, était d’un brun foncé, avec la peau blanche et des yeux bleus comme le fond de la mer, attirants et dangereux. Enfant gâtée du père Taille, elle était voluptueuse, insouciante, insoumise, insolente et perpétuellement mécontente. Comme une Salomé, avec sa beauté de femme fatale, elle ravissait et rendait fous les hommes, malgré sa jeunesse. Elle entretenait toujours avec eux des relations déséquilibrées, instableset parfois dangereuses, comme celle qu’elle allait commencer.
La matinée se passait tranquillement, chacun à ses occupations.Une vieille voiture avançait par le chemin de terre vers la maison. Le père Taille, assis sous la grande arcade près de la fenêtre de la salle de séjour, l’observait depuis quelques minutes. À cause de la date, sans doutes’agissait-il de Louise qui avait fini son cours et qui rentrait pour les vacances d’été. Elle était certainement descendue à la gare de Saint-Marc, la petite capitale de la vallée, et elle avait dû réussir à convaincre quelqu’un de l’ emmener jusqu’à la maison des Mirabilia.