Textes de Rosa

IMAGES

...Vous voyez de la lumière qui entre par la fenêtre, vous sautez dedans et SURPRISE... vous découvrez que la gravité n'existe pas. Vous ne tombez pas sous les rayons du soleil, mais vous ne montez pas non plus. Il arrive que votre matière se transforme en des idées; une source d'idées sans volume. Vous n'êtes déjà plus qu'une ligne qui marche en couleurs…

La fenêtre. Le prisonnier se consolait en regardant la fenêtre qui dénonçait la perte de sa liberté. Dedans, le bruit découvrait sa solitude. Un jour, ses yeux chantèrent la joie de vivre, mais maintenant les formes rigides de la cellule touchaient son coeur perdu. Comme les oiseaux imaginaient l'air quand ils étaient attrapés, les rêves marchaient sur les chemins de la mort. Qu'elles sont inutiles les figures dans un paysage où il n'y a personne...


LE PARTI PRIS DE "LA PLUIE"


Aiguilles faibles imaginaires de l'univers.
Effets tremblants émus sur la surface de la terre.
Dentelles d'arc-en-ciel
Bruit, rien que bruit dans l'obscurité.
Parfois un allegro musical... pluf... pluf... pluf...
Par intervalles on écoute...crash... crash... crash
Un vulgaire phénomène ou le miracle d'un entrepôt d'eau qui se défait...


L'ART et le MARCHÉ


Si la nature est un livre, c'est un livre illimité...
Le livre de la compréhension et de la confusion de tout ce qui existe.
Le livre qui garde la clef de tous les mystères.
Quand l'impuissance rejoint l'homme, la NATURE prend pitié et lui rend la faculté d'inventer sa propre réalité. Alors l'ART naît comme le refuge de cette impuissance transformée en objets.
Et les objets pourraient décider qu'ils ne lui appartiennent plus...
Ce serait le moment du marché...
L'artiste qui accepterait paiement pour son art se discréditerait et se verrait aussitôt réduit à une condition inférieure d'artisan...


LE LANGAGE COMME UN JEU D' IDÉES ET DE FORMES

A. Tous les mots ont le même nombre de lettres

PLUIE, USAGE PRISE D' EAU,
PUITS PRISE AUX CIEUX
CIDRE, COPIE, TOMBÉE A L' ABÎME
GERME À VIVRE

B. Texte écrit en boule de neige (variante).

OH! LES BRAS FRUIT ATROCE D' ANXIÉTÉ, ATROPHIE DE MOUVEMENT, SILENCIEUX FOUETTEMENT DE L' INVISIBILITÉ


LE BUREAU au bord du WEEK END

Les yeux fermés, on écoute le bruit du silence, mais je m'aperçois qu'il n'existe pas... de hautes technologies jouent à l'électricité une chanson... il s'agit d'une rumeur monocorde et douce qui respire sans arrêt.

Quand j'ouvre les yeux les objets se tassent et se cachent les uns derrière les autres pour me confondre... Moi aussi je décide de changer leurs noms et leurs destins. Ils savent bien que je les utilise chaque jour sans les nommer et ils s'étonnent de mon attitude.

Le vendredi est arrivé et la table peut devenir un ordinateur, les livres un pot de fleurs, les chaises une corbeille à papiers et pour les documents, c'est le moment de sortir par la fenêtre pour faire une promenade dans l'espace.

Moi, je les regarde et je suis d'accord pour que le week-end soit pour tous.


RÉFLEXIONS SUCCESSIVES DE SEPT PERSONNES


1. J'ai voulu partir mais je suis resté

2. Il a pu être plus sûr mais moins émouvant

3. C'est pourquoi il a décidé de se marier avec elle

4. mais elle a refusé et s'en est allée dans un couvent

5. C'est une mesure draconienne mais c'est mieux que de partager sa vie avec n'importe qui

6. Mais est-ce qu'il n'y avait pas d'autres options?

7. Cela ne fut pas une question d'options. Il s'agissait d'un rêve et il est évident que ce rêve n'existait pas entre ces deux-là.


MOI, UN CHAT DANS LE TERRITOIRE DE L' AIGLE ET DU LION


Le village était mon refuge et j'avais besoin d'y arriver. L'aigle et le lion m'avaient surpris dans cette aventure hors de mon territoire. Moi, un chat domestique, toujours méfiant envers les hommes, j'étais obligé de tromper les lois de la forêt et du ciel. Le calme et l'immobilité étaient d'abord les seules armes contre l'intention de ces prédateurs de défendre leur territoire respectif. L'aigle et le lion m'avaient découvert dans la plaine. L'un et l'autre se dirigèrent menaçant vers moi, par air et par terre. Je m'enfuis par instinct dans la végétation exiguë. Quand le lion remarqua le vol de l'oiseau de proie, il s'arrêta. Je compris la stratégie du félin. L'aigle devrait me détruire pour que le lion en finisse, après, avec tous les deux. Mais d'en haut, l'oiseau se rendit compte du risque, et il renonça à m'attraper. De son côté, le lion demeurait assis. Il m'avait sauvé la vie, peut-être parce que nous étions de la même espèce. J'avais épuisé ma première vie...

Tout doucement, je me dirigeai vers le village, confiant dans mon destin et dans les tas de vies qui me restaient. Je triomphai grâce à une infériorité assumée sans énervement.

À l'entrée du village, trois chiens aboyèrent, furieux, tandis que j'arrivais et je me dépêchai d'atteindre le premier toit de paille. Je me sentais souple comme le bambou, léger et résistant, très résistant...


TEXTE EN REGARD D' UN TABLEAU

Taches de couleurs qui se décomposent sur une feuille de papier. Rien que ça pour l'exactitude du langage de la lumière dans l'imaginaire à deux niveaux. Vers l'extérieur, je découvre le profil d'une ville intemporelle: contemporaine à droite, ancienne à gauche. Comme ma propre dualité: ma matière et mon esprit.
La matière se place dans les lignes d'édifices de la ville que j'évoque au milieu de la couleur. Un petit espace du dessin, car c'est l'esprit qui remplit tout.
Les produits de l'esprit n'ont pas besoin de lignes qui les protègent. Ils sont les produits de la liberté... des désirs, des idées, de la peur, des sentiments... Ils pullulent partout, toujours dans la lumière.
Il n'y a qu'une nuance d'obscurité; elle se place sur la ville... le refuge des hommes. Peut-être la plainte de leurs conflits, de la difficulté de leur survie en société.

UN MONDE IMAGINAIRE


PAQUIANEMON. L'éléphant nourri d'anémones

Il habitait les montagnes de l'HIMALAYASIE. Comme l'AGEFINITÉ se disposait à caresser de sa langue les anémones, à les séduire par ASTUSATIÉTÉ.

Un papillon suivit, curieux, les fleurs. Attrapé dans l'obscur, il éclata, puissant, en bouleversant la logique du monde. La matière de la planète Terre allait se soumettre à son pouvoir. Le PAPILLANEMON naissait.

PAQUIANEMOND s'enfonça dans la surface de la montagne et commença un spectaculaire voyage souterrain sans itinéraire précis.

Il déchirait proprement les racines des arbres. DÉCHIVERT.., les fondements des édifices. DÉTRAVILL..., les assises de la nature. FINNÉANT... Une énergie transformiste sans violence, sans douleur, qui désintégrait doucement la planète.

PAQUIANEMON, quand il fit le tour par les entrailles de la Terre, émergea de l'atmosphère couverte d'eau.

PAPILLANEMON avait changé la carte des continents, et la répartition des animaux et des végétaux.

PARADITERRE était née. Un immense jardin où Panama-Montpellier-Guadalupe-Moscou-Beograd-Calcuta-Vienne-Boston-Paris-Mondavia-Timasora-Odessa s'alignaient en cercle face à l'Océan Unique. Toutes les races, toutes les espèces vivantes se mêlaient avec naturel. Le même soleil en même temps les illuminait tous.

Un nouveau monde à découvrir grâce à l'effet du PAPILLANEMOND.

NOUVEAU MONDE NOUVEAU LANGAGE

HIMALAYASIE: Chaîne de montagnes, origine de PARADITERRE

AGÉFINITE: Date de naissance du phénomène PAPILLANEMOND

ASTUSATIÉTÉ: Tactique de séduction de Paquianémond pour se nourrir sans avoir la sensation de détruire.

PAQUIANEMOND: Éléphant qui se nourrit exclusivement d'anémones.

PAPILLANEMOND: Phénomène de métamorphose engendré par un papillon dans la PAQUIANÉMOND.

DÉCHIVERT: Action de déchirer proprement, sans violence et sans douleur, les espèces végétales.

DÉTRAVILL: Action de déchirer proprement, sans violence, la matière.

TINNÉANT : Action de changer les lois de la nature, précédant le phénomène PAPILLANEMOND


À LA PÊCHE DE DIALOGUES RÉELS QUI ONT CROISÉ MA ROUTE

Dans le métro

Les portes du train s'ouvrirent et un homme alla sans hésiter vers la dame qui était à mes côtés. Par discrétion, j'ai évité de les regarder quand j'ai entendu: " Embrasse-moi... ". Qu'est-ce qui se passe?... J'ai compris que la dernière fois qu'ils s'étaient vus, ils n'avaient pas été très heureux. Le train repartit et l'homme prononça les mots " voyage ", " travail ", " Sevilla "... Le bruit cachait d'autres mots ce qui rendaient les phrases incohérentes. Rien que des phrases, car la dame restait silencieuse.

Dans un café

Il était l'heure du déjeuner et les clients habituels remplissaient les tables préparées pour eux. La serveuse présentait comme chaque jour la carte et annonçait chaque fois une information supplémentaire. C'est mon dernier jour de travail... Demain je vous attends au restaurant de la rue Menvibre... Je n'entendis pas les réponses à cause du murmure des interlocuteurs. Quand mon tour est arrivé, je ne lui ai dit que BONNE CHANCE!


Dans la rue

On attendait dans la queue pour acheter le journal tandis qu'Antoinette expliquait comment sa soeur essayait de se défaire de sa mère malade. Antoinette avait déjà fait son devoir du temps de la maladie de son père, mort aujourd'hui, et maintenant, elle était quitte de cette obligation. On entendait: "Si j'ai résisté et que le patrimoine familial n'a pas diminué, Macarena devra faire pareil...

LA NATURE MORTE

La salle de Conférences était déjà presque complète cinq minutes avant que M. Esquivel, Professeur Agrégé dans les Départements d'Art et Histoire de plusieurs Universités Européennes, commence sa dissertation sur " les natures mortes dans l'art grec et romain ".

Marie était assise à côté d'Alvare. Elle craignait qu'il ne s'endorme dès que les lumières seraient éteintes. Depuis un an, elle essayait de le convaincre qu'une relation sentimentale entre eux était impossible. Pour toute réponse, Alvare était devenu son ombre, patient, aimable, résistant aux critiques et à la désaffection de Marie. Une fois encore, il avait compris la pensée de son amie. Tout à coup, il s'est levé en disant: " excuse-moi, je vais à la cabine d'enregistrement et je reviendrai à la fin... ". Elle savait bien qu'il irait dormir dans une salle du premier étage, loin de sa présence; comme ça, il éviterait son irrémissible malaise.

Le fauteuil ne resta vide qu'un instant. Rodrigue, un inconnu l'occupa hâtivement. " Hola! Je ne connais pas les activités de cette Institution, est-ce que tu sais qui est le conférencier? J'ai lu dans le journal le titre de l'intervention et ça m'a intéressé pour en parler à mes élèves... " Dix secondes et il avait abordé Marie conscient d' obtenir d'elle une réponse confiante. Il était professeur dans un endroit plein d'érudits en matières extravagantes. Lorsque la conférence commença, la pénombre couvrit leurs voix et leurs regards.

Une heure l'un près de l'autre leur avait suffit pour échanger spontanément leurs opinions à la fin du discours. Ils marchaient ensemble quand, à la porte d'entrée, Marie s'arrêta. " Est-ce que tu peux prendre un café avec moi? " lui demanda l'inconnu. " Ce n'est pas possible parce qu'il y a quelqu'un qui m'attend " lui répondit-elle... Sans un mot, Rodrigue lui tendit une petite carte pleine de renseignements pour pouvoir le trouver. Mais heureusement les activités culturelles continueraient chaque samedi.

II

Quinze jours après, dans la même Salle, l'étude sur les natures mortes concernait la Renaissance. Rodrigue était arrivé de bonne heure. Le rendez-vous n'avait pas été nécessaire et cette fois-ci continuer la conversation avec Marie dans un Café était assuré.

Alvare avait pris l'habitude de s'installer directement au premier étage et de faire la sieste en toute liberté tandis que Marie se passionnait pour les histoires du temps passé. Quand il se réveilla, la Salle était presque vide. Craignant d'avoir laissé passer sa chance de la rencontrer, Alvare s'empressa de descendre les escaliers vers l'entrée principale. Il vit alors Marie et Rodrigue chemin faisant dans la soirée.

Alvare ne s'inquiéta pas. Ce n'était pas la première fois qu'une négligence pouvait compromettre sa position. Marie et lui se connaissaient depuis trois ans. Ils appartenaient aux mêmes Associations culturelles où ils passaient leur temps libre. Alvare n'avait pas gagné l'amour de Marie mais il avait eu l'habileté de faire croire aux gens qui les connaissaient qu'une relation personnelle bizarre ou morbide existait entre eux. Une croyance édifiée de sa part grâce à des gestes équivoques en public et favorisée par le scepticisme amoureux et la bonté naturelle de Marie pour les personnalités faibles.
Il faisait froid. Marie et Rodrigue entrèrent dans un Café et s'assirent à la première table libre qu'ils trouvèrent. Voulant se faire connaître, Rodrigue passait sans cesse d'un thème à l'autre: l'art, la politique, les plaisirs, la solitude, les sentiments... Marie le regardait étonnée qu'il exprime ce qu'elle-même aurait exprimé. D'habitude elle était le centre des conversations et elle parlait toujours la première, développant ses idées. Cette sensation d'égalité, de liberté de ne pas avoir besoin de justifier ses positions ou de demander les raisons de réflexions incompréhensibles était surprenante.

Alvare entra dans l'établissement. Lui, l'ombre de Marie, il ne cesserait pas de l'être dans de telles circonstances. Il en avait l'expérience et sa stratégie résidait dans l'amabilité, la politesse, la préséance et dans la conviction que Marie n'aimerait que quelqu'un comme lui-même; un être inexistant. Dans ce cas comme dans d'autres, quand elle le comprendrait, elle choisirait la plénitude. Son narcissisme ne permettrait que l'ombre de l'amour, son ombre.

Alvare salua le couple et Marie lui répondit avec naturel, convaincue qu'il ne serait pas un problème. Rodrigue était si absorbé par sa représentation qu'il s'aperçut à peine de l'arrivée de ce nouveau client et de son bonjour à Marie.

Une heure plus tard, Rodrigue continuait ses récits avec le même enthousiasme; les yeux de Marie étaient pleins d'espoir. Alvare avait compris que Rodrigue remplissait certaines conditions nécessaires; il semblait un intellectuel progressiste, d'apparence agréable et avec un air personnel et mélancolique attirant pour une personne comme Marie. Il devrait faire attention et se fier aux profondes conclusions tirées de sa vie près d'elle.

Quand Marie et Rodrigue se firent leurs adieux ce soir-là, Alvare ne pensait qu'au moment où il introduirait son existence entre eux et à la façon de le faire.